LA CHAPELLE DE LA VIERGE :

LE CHŒUR DE LA BASILIQUE ET SES VITRAUX :

LES VITRAUX DE L’ABSIDE, UN ART FIGURATIF
Le vitrail de Pontmain, au centre


Dès l'entrée, l'œil est attiré par ce résumé de l'Apparition, de tonalité bleue, où la Vierge se détache au-dessus des habitants aux attitudes diverses. On distingue la pose de l'Immaculée Conception du début, l'ovale bleu avec ses quatre bougies, la phase où Marie accompagne le chant, et la présentation du crucifix rouge. A y regarder de près, on peut trouver de légères inexactitudes, par exemple la petite croix rouge sur le cœur de la Dame n'existe pas dans le deuxième tableau alors qu'elle est apparue en même temps que la mandorle. Mais l'ensemble est évocateur. En-dessous, Monseigneur Wicart accompagné de St Casimir, son patron, offre l'église à Notre Dame et dans la partie droite est évoquée la bénédiction de la première pierre.


Le centre de la rosace, au sommet, rappelle la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. En haut, la Vierge assise sur une nuée est entourée d'anges dont l'un s'apprête à poser sur sa tête une couronne d'étoiles. Au-dessous, le Pape portant la tiare, au milieu d'évêques et de cardinaux, s'appuie à gauche sur une croix à trois barres transversales. Dans la main droite, il tient un livre où est inscrite la date 8 décembre MDCCCLIV (proclamation du dogme).
Dans les écoinçons (surfaces triangulaires comprises entre deux arcs tangents), on distingue à gauche les armes du Pape, à droite celles de Monseigneur Wicart.

Le vitrail de la Salette, à gauche
Les quatre scènes de l'Apparition où le vert et le marron dominent, retracent le sommeil des enfants, la Vierge assise et pleurant, la conversation et le départ de la Dame sous le regard de Mélanie et Maximin.


Le tympan (rosace au-dessus) réunit en plusieurs images le récit de la Genèse sur le péché originel et la promesse du Sauveur. Au registre inférieur, Adam et Eve, courbés se dirigent vers la Mort, squelette assis portant une faux. Au registre supérieur, on aperçoit successivement de gauche à droite l'ange avec l'épée chargé d'interdire l'entrée du paradis terrestre, Dieu qui, la main droite levée, semble bannir les fautifs. De la main gauche, il désigne la Vierge debout, avec dans les bras l'enfant qui tient une croix.
Le bas des deux lancettes de ce vitrail, de même que celui de Lourdes qui lui est symétrique est orné d'un vase sur fond bleu.

Le vitrail de Lourdes à droite
Les rendez-vous de Marie avec Bernadette sont rappelés, là encore en quatre motifs. Un ancien "guide du pèlerin" les décrit ainsi: "Notre Dame de Lourdes apparaissant à Bernadette, lui indiquant la source bénie, lui révélant son nom, la préservant de tout malheur", disons plutôt lui promettant non pas le bonheur en cette vie, mais le bonheur du ciel.


La couleur crème de la robe de Marie est mise en valeur par la couleur rouge dominante des vêtements des fillettes avec quelques touches de bleu, de jaune, de violet. Le tympan représente la Nativité du Seigneur: Marie et Joseph prient de chaque côté de la crèche que des anges survolent. Deux d'entre eux présentent une couronne portant la lettre R (Roi) au-dessus de la tête de l'Enfant.
Dans ces trois vitraux, les feuilles autour du cercle central du tympan sont ornées d'une légère décoration florale.

Les fenêtres (de chaque côté de la Salette et de Lourdes) sont de même dimension que les précédentes, et se font pendant. Les scènes doivent être lues alternativement d'un vitrail à l'autre (et toujours de bas en haut)
Près du vitrail de N.D. de la Salette, nous voyons, de bas en haut: la Présentation de Marie au Temple, la Visitation.


Ces deux scènes regroupent chacune un certain nombre de personnages dans un décor d'arcades et de colonnes.
En bas, le Grand Prêtre revêtu des ornements de sa charge, accompagné d'un scribe et d'un Ancien, reçoit la toute jeune Marie, très touchante dans son attitude d'offrande tandis que, derrière elle, ses parents et les assistants, la main tendue, participent à son oblation.
Au-dessus, Elisabeth et Zacharie accueillent Marie dont le mouvement penché en avant indique son empressement à venir féliciter sa cousine. Un peu en retrait, St Joseph tient par la bride l'âne, destiné à éviter à la jeune visiteuse la fatigue du long chemin.
Près du vitrail de N.D. de Lourdes, au registre inférieur, la scène de l'Annonciation, comme dans bien d'autres évocations, est loin de reproduire l'humble intérieur de Nazareth. Le nuage qui porte l'ange ne correspond guère au goût moderne, et celui qui accompagne l'Esprit Saint (la colombe) est assez lourd. La Vierge est quelque peu maniérée. Le support du vase qui porte des fleurs de lys manque de légèreté. Mais ne nous attardons pas aux détails: cette Annonciation fait partie d'un ensemble.


Au registre supérieur, pour la Nativité, malgré la présence de l'âne et du bœuf, le lieu ne ressemble guère à une étable. L'arrière-plan simule en partie la faborder="0">
Au registre sup&eacuuverture, quatre anges déploient une banderole avec les mots "Gloria in excelsis Deo" et tout à fait à l'arrière dans la partie gauche, un ange vêtu de blanc réveille les bergers. Dans les tympans de ces vitraux nous devinons des anges musiciens, avec un curieux petit détail: l'un d'eux tient une partition du "Gloria in excelsis Deo", en grégorien… !

Les grandes verrières à l'entrée du chœur réunissent chacune deux tableaux sur trois niveaux soit six scènes évangéliques, et chacune a son individualité avec cependant des caractères communs, en particulier dans les tympans. Sur le vitrail de gauche, on voit de haut en bas :
- Jésus au milieu des docteurs
- La présentation de Jésus au Temple
- L'adoration des bergers
avec en parallèle :
- Le miracle de Cana
- La fuite en Égypte
- L'adoration des Mages


Les médaillons des petits tympans servent de cadres à des personnages nommés comme ancêtres de Jésus dans la généalogie de St Matthieu (1, 1-17). Il peut être intéressant de chercher pourquoi ils ont été choisis plutôt que d'autres.
A gauche, Zorobabel et son père Salathiel, les seuls indiqués aussi dans la généalogie de St Luc à l'époque du retour de la captivité, grâce à l'édit de Cyrus, en 538 avant Jésus Christ. Zorobabel est cité plusieurs fois dans le livre d'Esdras spécialement en tête de la liste des déportés revenus, et le jour du rétablissement du culte.
Salomon est le Grand Roi, successeur de David, constructeur du Temple. Dieu lui accorda le don de Sagesse qui fit l'admiration de la Reine de Saba. Mais à cause de l'introduction par les femmes de cultes étrangers, le territoire fut ensuite divisé en Royaume d'Israël et Royaume de Juda.
Les autres rois évoqués dans les vitraux appartiennent tous au royaume de Juda, seul descendant légitime de David.
Sur ce vitrail de gauche, nous trouvons encore Asa, troisième successeur de Salomon, qui "régna 41 ans à Jérusalem et fit ce qui est droit aux yeux du Seigneur, comme David son père" (I Rois, 15, 10-12).
A droite, le verrier a choisi Josaphat, fils d'Asa, qui détint le pouvoir de 870 à 846. "Le Seigneur fut avec Josaphat car il suivit les premières voies de David son père. Mais il rechercha le Seigneur, le Dieu de son père, il marcha dans ses commandements et il n'agit pas selon les œuvres d'Israël" (II Chron. 17, 3-4).
Sous le règne d'Ezéchias (716-687) le roi d'Assyrie ayant pris Samarie, capitale du royaume d'Israël, menaçait Jérusalem. Le prophète Isaïe rassura la population et le Seigneur anéantit l'armée assyrienne. C'est encore par Isaïe que le roi, à l'article de la mort, obtint une prolongation de vie de 15 années (II Rois 18-20).
Josias régna de 640 à 609 avant Jésus Christ. "II fit ce qui est droit aux yeux du Seigneur et suivit exactement le chemin de David son père sans dévier, ni à droite, ni à gauche" (II Rois, 22,2). Au cours de son règne, la découverte du Livre de la Loi incita ce pieux monarque à instaurer une réforme religieuse dans le pays.
Le point commun à tous ces ancêtres du Christ, c'est leur fidélité à l'Alliance.
Dans le cercle au sommet du vitrail de gauche, nous discernons une vierge à l'enfant. Celui-ci tient un globe surmonté d'une croix. En face, c'est le Christ avec un livre en main qui occupe le cercle correspondant. Tout autour on peut apercevoir des anges thuriféraires (portant un encensoir) et au-dessous, on trouve dans les deux cas, le roi David, le grand Ancêtre, le chantre inspiré de la gloire et de la miséricorde divines.


Dans un cadre ornemental semblable, les vitraux consacrés à Pontmain, la Salette et Lourdes ont chacun leur originalité propre. Les scènes évangéliques sont caractérisées par des tonalités de rouge qui rendent ces verrières lumineuses et chaudes. Par endroits, elles sont aussi marquées de larges taches d'un bleu assez violent, destinées peut-être à rappeler que Pontmain est un sanctuaire marial.
Depuis plus de cent ans qu'elles sont mises en place, ces verrières ont dû subir des restaurations à plusieurs reprises, en particulier après une violente tempête qui, au soir du 11 février 1933, arracha l'un des panneaux du vitrail de l'Apparition de Pontmain. Mais, ajoutent les Annales qui rapportent le fait: "L'accident sera facilement réparable ; encore quelques semaines et il n'y paraîtra rien."
Et les travaux réalisés dans le chœur à l'occasion du 125ème anniversaire de l'Apparition, ont donné un nouvel éclat aux premiers vitraux de notre basilique…
Sœur Marie-Hélène OLIVEREAU

LES VITRAUX DE LA NEF, UN ART ABSTRAIT
Après la réalisation des vitraux des transepts, les Annales relancent la souscription à partir de 1959 et précisent : "La commission d'Art Sacré du diocèse a décidé de confier l'ornementation des six verrières de la nef principale à M. Maurice Rocher, de Paris."
En effet, ce peintre, originaire d'Évron, a déjà été sollicité avec succès pour plusieurs églises de la région: ainsi la basilique N.D. de Mayenne dont les vitraux avaient été pulvérisés par le bombardement du 9 juin 1944, la basilique d'Évron avec la grande verrière de l'Assomption du transept sud, le chœur de l'Abbaye de Solesmes, St-Jean de Château-Gontier, etc… Selon la commande et le style de l'édifice, son art est figuratif ou non figuratif, influencé par l'école cubiste. A Pontmain, il choisit le second terme de l'alternative. Œuvre des ateliers Degusseau à Orléans, les deux verrières du haut de la nef sont terminées avant 1966. Celles du milieu seront posées pour le centenaire et les deux dernières seront réalisées en 1978, chacune couvrant une surface de 58 m2.

Description
Chaque fenêtre est composée de petits éléments carrés ou rectangulaires, aux tons variés, mais dont l'ensemble est d'une grande unité. Le bleu domine, et c'est normal pour un sanctuaire marial. Sous différentes nuances, il forme de chaque côté une large bordure.
Dans la surface centrale, les yeux sont attirés par de nombreux petits carrés rouges qui donnent de l'éclat à l'ensemble. On est quelque peu surpris d'observer au milieu du bleu, de longues traînées de brun. Ça et là, on remarque une légère pointe de jaune et un peu de verre transparent.

Essai d'interprétation
N'ayant pas de documents pour nous éclairer sur les intentions de l'auteur, nous sommes réduits à essayer de les interpréter, ou plutôt à dégager pour nous-mêmes le symbolisme qui nous aide à prier.
Tous ces petits morceaux de verre peuvent évoquer l'humble trame quotidienne de nos vies. A moins que l'on songe aux prières qui montent vers Dieu par l'intercession de la Vierge Marie et à toutes les grâces obtenues en réponse à ces appels.
Le brun plus ou moins foncé fait penser à la couleur de la terre dans le cosmos; il parle aussi de la souffrance dans l'existence des hommes. Placé dans la partie centrale de la verrière, il est enveloppé, comme protégé par le bleu marial. Il peut encore symboliser le combat de l'ombre et de la lumière, la lutte entre le mal et le bien. Les touches de jaune laissent déjà présager la victoire du bien et de la lumière.
Les carrés rouges nous rappellent la petite croix sur le cœur de la Dame et surtout le crucifix sanglant, propre à l'Apparition. L'artiste a également utilisé ces points rouges dans d'autres vitraux; il les appelle alors "Alleluia", signes de la résurrection (à Pontmain, chacun peut choisir le symbolisme qui lui convient, mais passion et résurrection ne sont-elles pas liées ?).
A la tombée de la nuit, l'ombre du transept rend plus sombre la verrière du haut de la nef. Au contraire, certains jours de grande luminosité, le bleu semble plus clair, plus transparent. Dès que le temps est beau, le soleil envoie sur les piliers de la nef toute une gamme de bleus, de rouges, de jaunes qui réjouissent les yeux et le cœur et donnent envie de chanter.
Mais est-il nécessaire d'interpréter ? Les vitraux créent une ambiance de paix, favorable à la prière. Ici, c'est bien le sanctuaire de Notre Dame de la Prière: elle nous accueille, nous enseigne et nous conduit à son Fils.
Sœur Marie-Hélène OLIVEREAU

ROSACE :